Les 6 heures du Pas de Calais 2018 en solo - Compte rendu de course



Les 6 heures du Pas de Calais 2018 en solo compte rendu de course

Courir pendant 6h sur une boucle de 2,565km, c'est un joli défi que j'ai relevé le 24 juin 2018 à Olhain lors des 6 et 24 heures du Pas de Calais. Aujourd'hui je vous invite à lire mon récit de course qui j'espère vous donnera l'envie de vous aligner un jour sur une épreuve similaire.


Il y a un an jour pour jour, cela faisait à peine un an que je m'étais mis à la course à pied et j'avais eu la bonne idée de m'inscrire pour l'édition 2017 des 6 et 24h du Pas de Calais à Olhain. J'avais alors choisi de limiter les risques en m'inscrivant aux 6 heures mais en équipe de 4. A la fin de la course, je vous avais fait une promesse ! Celle de revenir à l'âge de 42 ans et avec une seconde année d'expérience en running pour prendre part à cette même course, mais en solo.
Concrètement cela signifie s'élancer pour une course d'endurance de 6 heures sans aucun relais avec pour objectif de couvrir le maximum de kilomètres sur une boucle nature d'environ 2,5km.

On imagine bien que pour oser s'aligner sur une compétition de ce genre, il faut se préparer un minimum. “Faites ce que je dis, pas ce que je fais !”. Faute de temps, je n'ai pas pu suivre un plan d'entraînement spécifique. Je me suis contenté de faire quelques sorties longues qui n'ont pas dépassées les 25 bornes et de participer au Trail des Hobbits de la Comté sur une distance de 30km.

Récit de course de mes 6 heures du Pas de Calais 2018 en solo

Pour celles et ceux qui n'ont jamais entendu parler des 6 et 24 heures du Pas de Calais, je vous propose un rapide briefing. Il s'agit d'une série de défis qui ont lieu chaque année fin juin et qui se déroulent tout au long d'un week end qui se veut certes sportif, mais également festif, solidaire et écoresponsable. Et pour cause, le lieu du crime, n'est autre que le parc d'Olhain, un écrin de verdure où il fait beau vivre situé en plein milieu du bassin minier et de ses mythiques montagnes noires, les TERRILS.
Pendant 2 jours le département du Pas de Calais y organise plusieurs épreuves d'endurance. Pour les plus inconscients il y a les 24h en solo, les 24 heures en équipe. Pour les plus “raisonnables”, les 6h en solo ou en relais. N'oublions pas les différents challenges et les courses jeunes et enfants.

Le parcours est identique pour toutes les courses et ce dernier sillonne la forêt et les allées du camping du Parc d'Olhain où quelques 1700 coureurs s'installent le temps d'un week end. Des épreuves hors normes qui sont également une bonne excuse pour venir faire la fête. À chaque emplacement les équipes déploient leurs banderoles, installent leurs tentes, barbecue, frigo. Bref de véritables QG où règnent une belle ambiance et où il ne coule pas toujours que de l'eau.

En ce qui me concerne, je prends le départ des 6h solo le dimanche 24 juin à 10h du matin. Faisant partie d'un groupe de coureur, le Running'Group, je me rends sur le camp de base de la team pour encourager les copains et copines qui eux ont choisi de souffrir pendant 1 journée entière. Samedi 23 juin 15h, nous sommes à 1 heure du départ des 24h solo et équipe. Les stratégies de course sont au coeur de la discussion, les sourires encore de mises. 16h je me rends au départ, les solos et premiers relais des équipes s'élancent pour 24h de course à pied. Depuis notre camp de base, j'assiste aux premiers tours des coureurs et je salue les nombreux amis et connaissances présents. L'horloge tourne, les runners aussi, je récupère mon dossard pour le lendemain.

Je rentre à la maison pour préparer mon racepack kit spécial 6h du Pas de Calais. Ils annoncent une belle journée ensoleillée (si si ça arrive aussi dans le Nooord), j'opte donc pour une tenue des plus légères. Aux pieds mes New Balance Boracay. Manchons Compressport aux mollets et cuissard de la même marque de rigueur pour limiter crampes et douleurs musculaires. Sur les épaules, je choisis le tee shirt sans manche trail running de Kalenji. Pour compléter la tenue, je n'oublie pas mon indispensable visière running Buff et le baggy short trail running Kalenji. Ce dernier est parfait pour une course d'endurance car me permet de loger ma gourde souple Aonijie de 250ml, une ou deux barres de céréales et du gel.

Mon ravito et ma tenue prête, tradition oblige, je m'octroie un bon Mcdo en famille. Bref, tout ce qu'il ne faut pas faire. Mais vu que je ne prétend ni à un podium et que mon premier objectif est de terminer la course en position verticales, autant se faire plaisir.
21h30 je retourne en bonne compagnie sur Olhain pour voir si les copains sont toujours en forme. Les kilomètres s'enchaînent, tous ont parcouru quasiment l'équivalent d'un marathon. Quelques bons moments et encouragements plus tard, il est temps de penser à rejoindre les bras de Morphée.

7h du matin, dimanche 24 juin, mon réveil donne de la voix, il est temps de se mettre en route. Petit déj enfourné, tenue enfilée, boisson isotonique recette maison récupérée au frigo, tout le barda dans la voiture, il est 8h, direction Olhain. 8h05, je suis sur place (quoi j'aurais pu y aller à pied), il y a déjà du monde, les parkings sont bien remplis.

Chaise longue, glacières, sur les épaules, sac au dos, j'entreprends de monter vers le Parc d'Olhain. Quelques centaines de mètres à parcourir bien chargé et avec un joli dénivelé à faire saliver un traileur. Ouf, une navette se présente à ma hauteur et me propose de me déposer sur place : “C'est ti pas beau ça ?”. J'accepte sans me faire prier.
J'arrive au QG, calme plat, tentes fermées, personne sur l'emplacement, je déplis ma chaise longue et m'installe confortablement pour voir passer un à un les participants des 24h solo et équipe qui après 16h de course ressemblent davantage à une horde de zombies façon Walking Dead qu'à autre chose.

Je ne reste pas seul longtemps, Christophe, un copain qui lui aussi a choisi de faire les 6h solo me rejoint. Il m'annonce où en sont les copains sur le 24h, Xavier est en course, Thibaut, Nathalie se repose depuis quelques heures.
Le temps passe plus vite qu'il n'y paraît, il est déjà 9h30, nous sommes attendus sur la ligne de départ à 9h40. Juste le temps de passer de la crème Nok sur ce les pieds, d'enfiler les manchots aux mollets, d'emporter une gourdes de 25cl et de placer la puce qui compte les tours.

Dans le sas, c'est le show ! Animateur à l'humour que chacun saura apprécier comme il l'entend, écran géant qui retransmet les résultats live, on tape dans les mains au rythme de la musique, le décompte est lancé. 5, 4, 3, 2, 1, 10 heures pile-poil, plusieurs centaines de fous furieux frappent le bitume dans l'euphorie du départ.


24h du pas de calais images de la course

Certains sont parties telles des sprinters Jamaïcains, pas de doute, eux sont sur les 6h en équipe ou alors inconscients. D'autres adoptent un rythme d'endurance, là encore c'est certains ils sont sur le solo ou alors pas pressés. Je fais partis des “AUTRES” ! Quelques jours avant la course, j'ai reçu de précieux conseils d'une connaissance qui cette année ne s'est pas alignée sur l'épreuve mais qui l'a déjà réussie maintes fois avec succès et avec quelques podiums à la clé. Concrètement, il m'a dessiné une stratégie de course simple, mais qu'il juge efficace. Vu son expérience, sa connaissance du parcours, je prends pour moi ses conseils et décide de suivre sa ligne de route. Elle consiste à y courir à une allure bien tranquille dès le début, sans jamais se mettre en danger le cardio. La boucle qui je rappelle fait 2,5km affiche tout de même pas loin de 60m de dénivelé positif. Son conseil est de toujours marcher dans la côte la plus importante, celle qui se trouve dans le camping et ce dès le premier tour, même si je me trouve capable de la faire en courant. Une fois de plus je me mets en tête de respecter ce précepte.

Dans le camping, des centaines de spectateurs et supporters sont là, c'est vraiment une jolie fête. J'entame mon bonhomme de chemin, j'imprime une allure constante, légèrement supérieure à mon endurance fondamentale. Pour repères j'ai bien entendu ma montre gps qui me donne ma vitesse moyenne, environ 11km/h, mais aussi et surtout ma respiration. Pour cela j'ai trouvé un truc infaillible ! Dès le premier tour, je me suis mis en tête de trouver des coureurs qui ont le même rythme que moi, puis d'entamer la conversation. D'une ça permet de rencontrer du monde, 2 de faire passer le temps plus vite et 3 de courir en aisance respiratoire, synonyme de course en endurance fondamentale.

Voilà une heure que je tourne, tout est facile, j'en suis à presque 11 kilomètres et 4 tours au compteur. Sur le parcours, j'entends régulièrement mon prénom, parfois des enfants qui lisent les dossards des participants, le plus souvent des amis qui m'encouragent ça fait toujours plaisir. J'ai pris pour habitude de boire 25cl tous les 2 tours et de manger un petit quelque chose à chaque passage devant le ravito : morceau de banane, quartier d'orange...

Tout continu à me sourire, j'enchaîne les passages dans le camping, en sous bois, les discussions avec d'autres runners (euses). Le département à fait les choses comme il le fallait, de nombreuses animations égayent le parcours. Artistes de rue, orchestre jazz, groupe de rock sont là pour nous divertir. Excellent les singes sur échasses, il sont plus vrais que nature, j'adore aussi les créatures aux allures d'oiseaux qui nous toisent à plus de 2m de haut et qui interpellent les coureurs.

Animations 24 h du pas de calais

Voilà déjà 2 heures que je cours à un rythme régulier, aucune difficulté, je passe le semi marathon en un peu moins de 1h58 et sans forcer.
Je fais un rapide calcul de tête, 21*3, si j' conserve cette allure, ce sont les 63kms que je vais atteindre, bien au dessus de ce que j'imaginais, soit aux alentours de la 13ème place si je me réfère au classement n-1. Je ne suis pas dupe, je sais que je vais perdre en vitesse, en énergie au fur et à mesure des heures. En tout cas, pas jusqu'au 30ème km que je passe en 2h48.

À ce stade de mi-course, je me dis “en fait courir 6h, c'est comme si tu courais un marathon et puis tu enchaines avec un semi marathon”. Sauf que je n'y crois pas un instant, ce serait trop facile. D'ailleurs ce sont mes pieds en premier qui me le rappelle. Quelques douleurs à la voûte plantaire viennent ternir le tableau, j'essaye de ne pas y penser. Le souffle est toujours là, par contre c'est à partir du 35000ème mètre que mes cuisses commencent à crier “ça chauffe, arrêtes-toi”. Je sens une baisse de régime arriver, je décide de m'asseoir une tite minute pour me restaurer, Christophe est là. Il me propose de reprendre pour un tour avec lui. Cette année pas de chance, il souffre du dos, j'ai un tour d'avance sur lui. Malgré tout il a une foulée plus longue que la mienne ce qui me force à retrouver mon rythme de début de course. Passage devant l'écran géant auquel je n'ai pas fait attention durant toute la course, Christophe me dit regarde tu es 17ème belle perf, je suis un tour derrière à la 42ème. Effectivement, je suis impressionné, je ne pensais pas être à ce niveau. Sur ces belles paroles, on décide tout deux, de faire un arrêt au QG à chaque tour pour boire et se reposer quelques secondes. L'occasion aussi de voir les copains, ça fait toujours du bien. 15ème tour terminé, belle surprise ma femme et mes 2 enfants sont arrivés, ça redonne le sourire. Ma moitié me demande si j'ai encore des jambes, je lui réponds plus pour longtemps. C'est pas faux, désormais chaque tour devient douloureux. Le souffle est toujours présent, le problème est musculaire. La faute à pas assez de préparation et de sorties longue, ça c'était sûr.

Le marathon passé en 4h14, je repars sans Christophe qui en prend 5 pour récupérer. Depuis 2 tours j'ai adopté une nouvelle stratégie de course. À chaque “grosse” côte (tout est relatif avec 45km dans les pattes) je marche. Au pire je perds quelques secondes, au mieux j'économise les guiboles. Jusqu'au 48ème kilomètre je m'arrête à chaque passage au QG de la team. Lors de cet arrêt, j'en profite pour prendre un gel qui me donne un coup de fouet (psychologique ou pas), j'ai un regain d'énergie. Dès à présent, je ne m'arrête plus au QG. À ce stade de la course, il reste une grosse heure et 15 minutes à “courir”. La barre mythique des 50 kilomètres atteinte (me concernant), me laisse penser que je peux réussir à couvrir 3 tours supplémentaires si aucun pépin ne survient.
Le souffle est là, l'énergie un peu moins, par contre gros bémol pour le bas du corps. Le mollet droit est à la limite de la crampe, les cuisseaux ”on fire”, les pieds douloureux. Côté spectateur, je dois envoyer un bien drôle de spectacle. Tout du moins c'est ce que je me dis quand je vois d'autre runners (euses) adopter une foulée que je qualifierais de peu académique.

54km, 56km, j'ai l'impression que les kilomètres sont plus longs que ceux que j'ai parcourus au début, pourtant ils font toujours 1000m et pas un de plus. J'en suis à 30 minutes à peine de la fin des 6 heures du Pas de Calais en mode solo et je vois que je suis passé à la 18ème position au classement. Pas question de perdre une seule place, je passe en mode guerrier. J'alterne marche et course, dès que mes jambes vont mieux, je repars sur un rythme proche des premières heures.

Je ne lâche rien 57km sur la Garmin, je suis dans mon dernier tour lorsqu'un jeune homme d'au moins 15 ans mon cadet vient me toiser. Je vois qu'il furète mon dossard, je fais de même, on est tous les deux sur les 6h solo. Ok, nos regards se sont croisés, il veut me faire la peau (mode Western). Je l'imagine penser un truc du genre : “Je crois bien que tu vas perdre une place”. Je lui aurai sans doute retourner un : “Attrappe-moi si tu peux.”. Regard noir et sourire narquois de sa part, il pense me dévorer pour son quatre heures. C'est justement l'heure à laquelle la course se termine.

J'en oublie mes pieds, mes jambes, je cours maintenant avec le coeur et avec la fierté en jeu. Aucune idée si je vais parvenir à passer en mode Gandalf :“Vous ne passerez pas !”, mais j'y mets tout ce que je peux. Sur 200m, faux plat montant bitumé sous les filets suspendus du Parc d'Olhain, il est dans ma foulée.
Ça passe ou ça casse, je décide d'accélérer doucement, il me rejoint. Aucun doute, je suis son lièvre, il ne lâche rien. 1000m nous séparent de la finish line, banco (vieille expression d'un quadra qui est né seconde moitié des seventies) ! Je prends l'initiative d'allonger la foulée et par conséquence la cadence. Bluff ou pas de sa part, on dirait qu'il n'est plus dans mes pas.
Pas question de regarder en arrière, je ne veux pas lui donner trop d'importance, ni d'espoir. Je garde le rythme durant 500m, je ralentis dans la dernière côte en sous-bois, toujours aucun signe du jeune homme. 50 m de sentier à couvrir, virage à droite à 90°, retour sur le bitume pour une dernière descente vers la ligne d'arrivée. Il y a énormément de monde sur les bas côtés et le speaker donne de la voix. Je mets le “turbo” pour les derniers 100 mètres pour éviter de me faire rattraper ! Ouf c'est passé ! Je me retourne, il n'est pas là. J'apprendrais par la suite (résultats en ligne) qu'il a explosé en vole, je lui ai mis quasiment une minute sur moins d'un kilomètre.

6h04, 59km et une 18ème place sur 135 hommes, je suis plus que satisfait pour une première sur une course d'endurance de 6 heures. Petit bonus, je suis 7ème dans la catégorie Master 1. Je pense avoir mérité mon tee shirt de finisher des 6 et 24h du Pas de Calais 2018.

Je retourne au QG, les copains(ines) sont déjà de retour. On se félicite mutuellement. Les engagés sur les 24h sont devenus Centbornards, ils peuvent être fiers. Un autre défi running trail que je réaliserai sans doute un jour.

Un grand merci pour les encouragements et le soutien durant cette course, les personnes concernées se reconnaîtront. Un grand merci aux photographes (Dorothée, Jérôme) pour les clichés qui illustrent ce compte rendu de course. Bravo aux 1650 participants et aux organisateurs qui continuent de faire de ce rendez-vous du mois de juin une véritable fête de la course à pied dans les Hauts de France.



 
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