Compte rendu de course le Trail des Hobbits 2018 à La Comté



Compte rendu de course le Trail des Hobbits 2018 à La Comté

La Comté, 2 juin 2018, 2000 coureurs se sont donnés rendez-vous pour le grand baptême du Trail des Hobbits. Organisation, ambiance, parcours au top, je vous propose de revivre cette belle aventure avec mon récit de course du Trail des Hobbits première édition.


Se lancer dans l'organisation d'une course à pied en partant de zéro, c'est un sacré défi. Et lorsque son petit village verdoyant du Pas de Calais porte le même nom qu'un célèbre pays de fiction imaginé par le grand TOLKIEN, on se dit : “ben, et si on faisait un trail sur le thème du Seigneur des Anneaux ?”. Eh bien !, Là il en faut une sacrée paire !
Je vous laisse imaginer le retentissement qu'une telle nouvelle a eu sur les réseaux sociaux quand le projet a été annoncé. Perso, j'ai été emballé, d'ailleurs, je vous invite à lire mon article consacré aux clés de la réussite de la première édition du Trail des Hobbits. Aucune hésitation, je ne pouvais pas passer à côté d'une telle aventure. Ouverture des inscriptions 18h ! 18h02, j'ai mon dossard pour le 30km, ce sera le numéro 3.

Trail des Hobbits 2018 mon récit de course

Après une inscription au Trail des Hobbits et quelques mois d'attente plus tard, me voilà à la veille de cette fête du Trail made in 62. À défaut de posséder le fameux anneau de Gollum, direction Décathlon pour retirer mon précieux dossard.
Sur place, plusieurs bénévoles sont sur le pied de guerre, autour d'un stand bardé de kakémonos aux couleurs de la course, ça en jette. Dossard en main, retour à la maison pour préparer mes affaires de course et faire l'incontournable photo de mon racepack. La météo des derniers jours s'est révélée orageuse à souhait, le terrain est annoncé comme hyper gras, les Salomon SpeedCross sont donc de la partie. Par contre pour le lendemain, le beau temps a décidé d'honorer la naissance du TDH, ce sera tenue de trail légère sur les épaules.

Run pack Hobbit 2018

Au réveil, le ciel n'est pas au beau fixe, mais au moins il ne pleut pas, c'est le principal. Plus que quelques heures avant le départ de la course, malgré tout je décide de partir en famille sur La Comté, par chance je vis à quelques kilomètres de cette belle et verte contrée. 14H j'arrive à destination, il y a déjà pas mal de monde, c'est la chasse à la place de parking. Une fois de plus pas de soucis, ma soeur Comtoise m'a gardé une place devant chez elle. Quelques minutes plus tard, me voilà déguisé en coureur, direction le centre du bourg afin de découvrir le village du trailer dont on nous a si longtemps parlé sur les réseaux sociaux.
Pas besoin de connaître les lieux, il suffit de se diriger au son de la musique. Sur le chemin, je croise de nombreux copains coureurs de mon groupe de course qui aujourd'hui ont troqué leurs vêtements de trail pour celui de bénévoles.

Les rues sont animées, ça y est je suis arrivé à l'entrée du village du trailer, une grande banderole Trail des Hobbits nous accueille. À l'intérieur de l'enceinte, des centaines de personnes sont déjà réunies. Impressionnant ! Car podium énorme avec orchestre, nombreux stands installés, ils ont fait les choses en grand. Des artistes de rue, troupes médiévales sont là pour nous divertir et coller parfaitement au thème. Pieds velus et pattes blanches se côtoient dans une ambiance qui me fait presque oublier que je vais courir 30 kilomètres et affronter pas loin de 700m de D+.
Me reste 2 heures à tuer avant de partir “gambader” en terre du milieu. J'en profite pour faire le tour des boutiques, discuter avec des connaissances, rencontrer Rémi de Ma Barbe en balade (bravo pour ta collecte solidaire de chaussures).

16h, Henri Duez, Comtois d'origine et coureur du tour de France, lance le départ du 42km en tant que parrain de cette première édition du Trail des Hobbits. Plus de 400 trailers sont partis sous les applaudissements. 16h30, c'est au tour des coureurs de la semie Comtoise, pour eux ce sera 21km. Ne me reste plus que 30 minutes à patienter, le temps d'ajuster le sac d'hydratation, de passer ma ceinture Compressport et de repasser une dernière fois par la case vidange.

16h50, miracle, le ciel se découvre enfin, je vais courir sous le soleil, du coup je sors ma visière Buff, l'accessoire incontournable en cette situation. Le speaker invite les coureurs du 30km à rejoindre la ligne de départ, je ne me fais pas prier. J'allume ma Garmin Forerunner 235 pour qu'elle capte le signale GPS. Là gros moment de solitude ! Ma montre s'est figée, c'est la première fois que ça arrive. J'essaie de l'éteindre ça ne fonctionne pas. Même si je sais courir à la sensation, ne pas savoir où j'en suis sur le parcours est plutôt embêtant. 17h00, le départ est retardé, on nous explique qu'il faut attendre le passage des derniers coureurs du 21km avant de s'élancer.
17h05, ouf ma montre refonctionne, je suis rassuré. Dans le sas de départ, bonne ambiance, ça vanne, ça rigole, des coureurs ont joué le jeu il portent des oreilles d'elfes, d'autres une cape.

17h10, ça y est des créatures du Mordor ou du Gondor (je ne vois pas) font résonner le tambour, signe que le départ est imminent. C'est le cas, plus de 400 paires de jambes s'élancent sur le bitume, des cris de joie se font entendre.
Pour ce trail, je me suis fixé un seul objectif, celui de me faire plaisir, bref de respecter ma devise run for fun. C'est ainsi que je pars sur un rythme pépère tranquille, me laissant entraîner par le flot de coureur. Après les 300 premiers mètres d'asphalte, virage à 90°, petit goulot d'étranglement sur la droite, place au chemin de terre. Je laisse ceux qui ont décidé de partir sur une allure de course plus rapide me dépasser, je reste en aisance respiratoire.

À peine 1km de parcouru, j'ajuste mes pas sur ceux d'une jeune et jolie runneuse. Je l'appellerai “fleur” car elle en porte une sur sa queue de cheval. On entame une discussion bien sympathique sur nos expériences passées en course à pied. Nous arrivons en duo dans un sous-bois, quelques flaques d'eau nous font slalomer, mais rien de méchant, on est loin du mud day. Voilà 3km que je suis parti, bonnes sensations, je suis sur une moyenne d'un peu moins 5 minutes au km, je perds ma “fleur”. 4ème kilomètre, je sors des bois, virage à gauche, de retour sur le bitume qui d'ailleurs vient d'être refait, il luit et l'odeur du goudron prend au nez. C'est d'ailleurs à ce même moment que le dénivelé commence à faire son entrée dans la course. Pas question de se cramer dans la montée, je raccourcis la foulée durant ces 49m de D+, si bien que je parviens en haut de la côte en bonne condition et à 6mn au kilo. Je ne relance pas pour autant, je conserve mon rythme trankilou !

Les 3000 mètres suivants, je profite du paysage, je suis sur un sentier au milieu des champs quand j'arrive à un croisement. Là excellente surprise, un joueur de cornemuse nous accueille déguisé en créature de Sauron. Pouce levé en sa direction et grand sourire, mes compagnons de course apprécient aussi. Retour sur le sentier, un coureur s'arrête pour vidanger, nous sommes rejoints par les trailers du 42km qui maintenant empruntent une portion de notre parcours. Pas difficile de les reconnaître ! De une leur dossard est orange, le notre bleu, second indice ils ont déjà 12 ou 13km dans les jambes et 2 passages de cordes délicats. C'est en tout cas ce que m'apprends l'un d'eux quand il me dit : “vous êtes encore tout frais vous”, quand je lui demande où il en est de la course. C'est ainsi que je dépasse de nombreux coureurs du 42km en leur souhaitant bon courage. Bon esprit Trail !

8ème kilomètre, long faux plat avec 40m de D+, là encore, pas question de forcer, on est pas encore au tiers de la course. C'est à ce moment là que je fais la rencontre d'un marathonien reconverti en traileur. La cinquantaine (je présume), pas un cheveux sur le cailloux, nous entamons une petite discussion sur ce Trail de Hobbits et son organisation. Nous arrivons au 10ème kilomètre ensemble, 53 minutes, pas si mal, mais pas sûr que je conserve une telle moyenne sur la longueur. Quoique, je suis vraiment bien. 11ème kilomètre je perds mon “chauve”, voici le premier ravito (de compet'), je chope un quartier d'orange, une barre de céréales. Comme depuis le début, je bois de l'eau très régulièrement et ce avant d'avoir soif. Le soleil est toujours là, les conditions sont idéales. Le terrain est plus ou moins gras selon la typographie, mais ça passe.

Du 12ème au 17ème kilomètres, je continue de dérouler tranquillement sur une cadence similaire, je suis vraiment très bien, je prends un max de plaisir devant les paysages qui me sont offerts et avec les autres coureurs. Mise à part deux ou trois triples loots pour éviter de glisser et me rouler dans la gadoue, rien de bien compliqué. J'entends de la musique, une certaine effervescence, c'est le moment de repasser par le village et son second ravitaillement où ma femme est là pour m'encourager et me demander si tout va bien. Je lui réponds impeccable tout en remplissant ma gourde souple Aonijie d'eau. J'apprendrai, le lendemain être passé à la 52ème position au second ravito, plutôt pas mal.

Go ! C'est reparti après quelques dizaines de secondes passées au ravito. Il y a énormément de monde ça fait super plaisir, j'adore cette euphorie. Smile aux lèvres, me voilà de retour sur la route affichant une pleine confiance. Pas question d'accélérer, je sais que la seconde partie du Trail des Hobbits est plus exigeante, je veux faire un beau finish, je garde mon allure de croisière. Belle surprise, les organisateurs nous ont réservé un petit bain de joie, un passage de gai. Eau jusqu'au mollet pendant une quarantaine de mètres, chaussures toutes mouillées, mais heureux comme des gosses. J'enchaîne sur le 18ème kilomètre, là ça se complique un peu ça monte pas mal, je ralentis pour ne pas me cramer, j'alterne un peu course et marche, en fait j'imite les autres coureurs.

Et là, c'est le drame ! 19ème kilomètre le début de la fin ! Le cardio est au top, je suis franchement nickel, j'ai tout pour finir hyper bien. D'un seul coup, je sens mon mollet droit se contracter, imité par le gauche, je vois mes muscles bouger tout seuls, bingo devinez quoi ! The crampes ! Je dois alors m'arrêter sur le côté pour me masser, je ne suis pas le seul, un autre participant s'étire la pointe des pieds. J'essaie de marcher, c'est difficile. Arrivent à ma hauteur Frédéric et Frédéric, le premier barbu poussant une goélette dans laquelle Frédéric le second est installé. Le frédéric barbu me propose de la sporténine, je le remercie, j'aurai dû accepter. En effet, commence alors un chemin de croix, mes mollets se calment, mais je sais qu'il sont hyper fragiles, je suis contraint de ralentir pour éviter la blessure. Le souffle est au beau fixe, mais les jambes ne suivent plus. Pas de bol, cela coïncide avec la partie la plus technique de la Comtoise, cette belle course de 30km. Je me hisse jusqu'au 3ème ravito du 21km, je fais une petite pause photo avec des copains du Running'Group, bénévoles sur la course, il me redonnent le sourire, je repars avec une pompote et le plein d'eau. Encore un ravitaillement de compétition avec tout ce qu'il faut pour ressourcer un traileur. En repartant un coureur me dit d'ailleurs, il fait grave du bien le saucisson du ravito. Ça monte, ça descend, la boue se fait plus présente, ça glisse parfois, je dois alors alterner marche “rapide” et course par fractions de quelques dizaines de mètres. Je ne cesse de voir les coureurs me dépasser et me souhaiter bon courage.

Dans la douleur, je me dis que je ne me suis pas fixé d'objectif temps, juste de finir, je décide alors de poursuivre comme je peux en serrant souvent les dents, mais en profitant de l'environnement qui est ici vraiment exceptionnel. Je me dis que j'ai de la chance de pouvoir courir à 42 ans et que bien d'autres courses m'attendent.

Me voilà maintenant kilomètre 28, je me retrouve entouré de nombreux coureurs toutes distances confondues. En effet les 42 sont là, peut être les 21, les 15 et 8km partis après 17h sans doute, nous sommes dans une grande descente hyper technique. Et pour cause, c'est mélange de craie et de glaise, le tout formant une belle piste glissante, façon Interville et son fameux savon noir. C'est en tout cas ce qu'a dû se dire cette charmante demoiselle que j'ai tenté de rattrapper au vol quand une perte d'équilibre l'a fait se retrouver le cul par terre. Une main tendue, les speedcross bien amarrées au sol, je l'aide à se relever, elle me remercie, je reprends la descente en slalomant entre mes congénères. Tout compte fait j'en oublie ma douleur et je prends plaisir dans cette descente.

J'y suis, en bas, virage en épingle à droite, rue balise pour montrer le chemin, se dresse devant moi l'incontournable mont de La Comté, trônant à 189m d'altitude (dit comme ça ça peut faire sourir les Savoyards), au pied du mont, ça rigole moins après 28000m de course. J'emprunte le circuit de rue-balise, je cours dans l'herbe, il y a un engorgement de coureurs dans la première montée, sinueuse et boueuse. Une traileuse accompagnée de son mari n'en peut plus et lâche des larmes. Plusieurs participants lui disent que c'est bientôt terminé, que ça vient bon. Je grimpe, je fais attention de ne pas chuter, un passage de corde nous aide à nous hisser la haut. Quelques dizaines de mètres de plat à courir sur les hauteurs, la descente qui suit est assez difficile, sinueuse, il faut faire preuve de précaution. On en profite pour papoter avec les autres coureurs.
En bas, nouvelle “surprise”, on nous a concocté une fin de parcours en apothéose. Oui, seconde montée du Mont de La Comté, je passe devant le poste infirmier disposé à proximité, j'entame ma première foulée pour grimper et là GAME OVER ! Mes deux mollets qui ne m'ont pas épargné jusque là, se fige en un instant. Scié, je suis obligé de me laisser tomber en arrière. Immobilisé ! Deux trailers viennent à mon secours, chacun une jambe, pression sur les pieds pour faire partir les crampes. Rien n'y fait, les mollets sont tétanisés à 2 petits kilomètres de la finish line. Je leur dis de poursuivre leur chemin et leur adresse un grand merci grimaçant. Après quelques minutes, l'infirmière du poste précédemment passé m'aperçoit et vient pour me masser avec sa bénite menthe poivrée. Elle me dit que c'est un produit miracle. Je ne sais pas si c'est vrai, si c'est une potion de Hobbits, mais ça marche, EXTRA LIFE, player one try again ! Je suis de nouveau debout. Je gravis les 30% du Mont de La Comté, la haut, Benjamin et Rudy des copains signaleurs me félicitent et me disent que c'est la fin et en descente.

Je m'exécute, tant bien que mal ! Pas facile dans la tête quand tu as le souffle, le cardio au vert, mais les mollets complètement HS. J'en profite donc pour courir doucement vers le village en appréciant la vue qui s'offre à moi et elle est vraiment belle cette campagne Comtoise. La musique, des cris, des applaudissements, j'arrive. Passage le long de la rivière qui donne sur le Spa de La Comté, virage à 120° sur la gauche, la plaine est là, il y a des centaines de personnes massées de part et d'autre des 300 derniers mètres. J'oublie toute douleur, j'accélère, double des coureurs, ma ch'tite famille est là pour m'encourager dans le dernier hectomètre. Je passe la ligne d'arrivée les bras en l'air : photo ! Je suis finisher du premier Trail des Hobbits version 30km.

Finisher trail des hobbits 2018 La Comte

Petit bisous à mes supporters, direction la salle où sont remises les médailles. Celle-ci est couleur argent, elles vraiment jolie. En même temps je reçois des tickets pour une bière offerte avec une ecocup aux couleurs du Trail des Hobbits et un bon burger gratuit pour me remettre des efforts fournis.

Une belle aventure malgré ces maudits mollets. Temps à l'arrivée 3h09, 95ème (38ème dans ma catégorie) sur 437 dont 385 classés. J'ai perdu 44 places sur la seconde partie, notamment à cause des crampes. La bonne nouvelle, c'est que ça me laisse espérer une bonne progression sur cette distance en trail.

photo trail des hobbits 2018

Bravo à l'équipe qui a organisé de main de maître ce trail des Hobbits où 2000 coureurs ont pu découvrir les vertes contrées du pays Comtois, mais aussi l'hospitalité de ses habitants. Méga bravo aux nombreux bénévoles qui au village comme sur le parcours n'ont cessé de nous encourager et de nous adresser des sourires. Merci à aussi à mes compagnons de course, encore de belles rencontres sur la route du trail, bel esprit. Thank you Mike pour les photos à l'arrivée !

Enchanté par cette course, l'an prochain pas de compte-rendu du Trail des Hobbits, mais sans doute un récit de mon expérience en tant que bénévole sur l'épreuve. Une occasion de voir comment ça se passe dans les coulisses, mais également de rendre ce que l'on m'a donné, du plaisir à courir.



 
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